7ème édition des Universités d’été à Ouagadougou

Le Centre d’Information et de Formation en matière de Droits Humains en Afrique (CIFDHA), en partenariat avec le Centre de conseils et d’appui pour les jeunes en matière de droits de l’homme (CODAP), organise du 28 août au 4 septembre 2017, à Ouagadougou (Burkina Faso) la septième session thème suivant: Lutte contre la traite des personnes, les formes contemporaines d’esclavage et de servitude en Afrique.

De la thématique de la session 2017

L’interdiction universelle de la traite des personnes et pratiques assimilées

Le respect de la dignité humaine constitue un principe cardinal et fondateur en matière de droits humains. En effet, la reconnaissance du droit à la dignité justifie la prohibition d’un certain nombre de pratiques incluant :

  • l’interdiction de la torture et des mauvais traiement, des peines cruels, inhumains et dégradants
  • l’interdiction du travail forcé ou obligatoire ;
  • ‘interdiction séculaire de l’esclavage et de la servitude ainsi que de leurs formes contemporaines;
  • l’interdiction de la traite des personnes et des pratiques assimilées, notamment  l’exploitation économique, l’exploitation de la mendicité d’autrui, l’exploitation de la prostitution d’autrui et le trafic illicite de migrants, etc.

Au coeur du dispositif de prohibition, se trouvent la la Déclaration universelle des droits de l’homme et des peuples (art. 4), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (art. 8), la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (art. 5). D’autres instruments bien plus anciens mais souvent moins connus ainsi que des instruments universels et régionaux catégorielle (droits de l’enfant et droits de la femme) participent également du dispositif de  prohibition et de répression de la traite. Mais c’est surtout avec l’adoption de la convention des Nations-Unies contre la criminalité transnationale organisée et ses protocoles additionnels que le monde s’est doté d’un cadre normatif de référence pour la lutte contre la traite des personnes.
Ainsi, aux termes de l’article 3.a du premier protocole additionnel : « la traite des personnes désigne le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation comprend, au minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement d’organes ».
Ce protocole ratifié par la plupart des Etats membres de la CEDEAO préconise entre autres l’incrimination de la traite en droit interne, l’adoption de politiques et programmes pour la prévention de la traite ainsi qu’une coopération interétatique régionale et internationale accrue, au regard du caractère transfrontalier et multiforme du phénomène. Il contient par ailleurs des dispositions en faveur de la protection des victimes, à leur statut dans le pays d’accueil, et à leur rapatriement éventuel.
Force est toutefois de constater la persistance de la traite des personnes et des pratiques assimilées. On assiste même à une résurgence particulièrement forte de celle-ci avec les récents développements de la migration clandestine vers l’Europe, ainsi que l’instabilité et les conflits dans certains pays (Lybie, Tunisie, Egypte, Mali, etc.).

Persistance et amplification en Afrique du phénomène de traite des personnes et des
pratiques assimilées

La traite des personnes ainsi que les formes contemporaines d’esclavage et de servitude touchent pratiquement tous les pays et toutes les régions du monde : le continent africain n’est pas en reste. En effet, entre 2010 et 2012, des victimes de 152 nationalités différentes ont été recensées dans 124 pays3. Bien qu’il soit difficile d’obtenir des données statistiques fiables sur le phénomène en raison de sa nature clandestine et invisible, de son caractère illégal, ainsi que l’étendue et la gravité des activités qu’il implique, tout le monde s’accorde sur l’ampleur grandissant du phénomène. L’Afrique demeure un des continents les plus touchés par le phénomène de la traite des personnes et des pratiques assimilées, tout comme il est de notoriété publique que l’esclavage continue de se pratiquer dans certains pays africains comme la Mauritanie. Les médias ont plus récemment fait état de l’existence de marchés d’esclave en Lybie. Les témoignages recueillis par l’Organisation internationale de la migration (OIM) auprès de rescapés ressortissants de certains pays d’Afrique de l’Ouest notamment du Nigeria, du Sénégal, et de la Gambie, entre autres, attestent de la réalité de ce phénomène ; des migrants vendus voire revendus par des passeurs, des migrants régulièrement battus et utilisés comme travailleurs journaliers sans salaire, des femmes migrantes violées ou contraintes à la prostitution, etc. Des migrants disent avoir été achetés et revendus dans des garages et des parkings de la ville de Sabha; ils sont vendus entre 200 et 300 dollars et retenus deux à trois mois, en moyenne. Cette triste actualité impose aux Etats d’origine, de transit ou de destination des personnes migrantes, victimes de traite ou de trafic illégal, de redoubler d’effort dans la lutte contre ces phénomènes.6. Et à cet effet, les jeunes en général, et plus particulièrement les défenseurs des droits humains doivent prendre une place de choix dans cette lutte étant donné qu’il s’agit d’une violation majeure des droits humains auxquels les jeunes du continent, les femmes et les enfants sont particulièrement exposés ; ils en sont les premières victimes. Toute chose qui explique l’intérêt manifeste du CIFDHA et du CODAP pour cette question majeure.

L’engagement et l’intérêt du CIFDHA et du CODAP pour la thématique de la traite

Le CIFDHA a pour vision celle d’un monde où les droits individuels et collectifs sont respectés et où les sociétés africaines débarrassées de tout conflit, coopèrent avec les autres nations pour atteindre le développement durable. A cet effet, il se donne pour mission de contribuer à la réalisation des droits humains en Afrique par la vulgarisation des instruments pertinents, la formation et la sensibilisation des jeunes ainsi que le renforcement de capacités des organisations en matière de droits humains. Partant du constat que, malgré la forte prévalence du phénomène en Afrique, il y a une ignorance générale des instruments internes, régionales et internationales ainsi que les politiques de lutte contre la traite et les pratiques assimilées, nous fondant sur les recommandations faites à certains pays comme le Burkina Faso ou la Côte d’ivoire par les organes de traités, notamment le Comité des droits de l’homme, relativement à la traite des personnes et au travail des enfants, le CIFDHA, a choisi de s’intéresser de plus prêt à la question. Très impliqué dans les mécanismes internationaux et co-auteur avec d’autres organisations d’un rapport alternatif sur les droits civils et politiques au Burkina Faso à l’occasion de la revue initiale du Burkina Faso, le CIFDHA travaille au suivi et à la mise en oeuvre des recommandations avec une attention particulière sur les recommandations prioritaires, en particulier celle portant sur la traite des êtres humains et le travail des enfants. Même si la recommandation a été faite au Burkina Faso tout comme à la Côte d’ivoire, le caractère transfrontalier et multiforme de la traite exige que les interventions sur le phénomène aillent au-delà des limites nationales. La vocation régionale de notre organisation ainsi que le fait que nos cibles prioritaires (jeunes, femmes et enfants), soient les plus exposés sinon les victimes privilégiées nous conduit à sonner la mobilisation des jeunes de l’espace CEDEAO dans la lutte contre la traite d’autant plus que la CEDEAO dispose d’un cadre très favorable mais largement méconnu.

Les objectifs visés

Le présent projet a pour objectif principal de renforcer les connaissances et les capacités d’actions des jeunes défenseurs des droits humains de l’Afrique de l’Ouest en matière des droits humains en général et de lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées en particulier en Afrique et plus spécifiquement dans l’espace CEDEAO.

Les objectifs spécifiques visés sont :

1. Présenter les systèmes universel et africain de protection des droits humains ;
2. Renforcer les connaissances sur les concepts de traite, d’esclavage, de servitude ainsi que les pratiques assimilées ;
3. Développer et expliciter les instruments juridiques internationaux, les stratégies et politiques régionales de lutte contre la traite et les pratiques assimilées ;
4. Présenter les législations nationales pertinentes des pays représentés en matière de lutte contre la traite et les pratiques assimilées ;
5. Renforcer les compétences et les capacités en matière de monitoring, de documentation, de gestion et de dénonciation des cas, ainsi que d’accompagnement des victimes de traite
et de pratiques assimilées ;
6. Renforcer les capacités d’actions des participants et de leurs compétences en matière de gestion de projets relatifs à la traite ou pratiques assimilées ;
7. Favoriser le partage d’expériences entre participants sur la traite

Cibles et bénéficiaires

Cette formation vise essentiellement les jeunes dont l’âge est compris entre 18 à 35 ans avec un
souci de représentation aussi équilibrée que possible d’hommes et de femmes. Et à cette fin, les
candidatures féminines seront privilégiées. 25 jeunes correspondant aux critères de sélection et
remplissant les conditions d’engagement et de motivation seront retenus pour prendre
activement part aux UEDH 2017.

Profil des participant(e)s: critères et processus de sélection

Pour prendre part aux UEDH, les postulants devront remplir les critères suivants :

  • Avoir un âge compris entre 18 et 35 ans ;
  • Etre membre d’une organisation de la société civile ou travailler dans une administration ou une institution oeuvrant dans le domaine des droits humains ou des questions connexes à la thématique ;
  • Avoir un niveau universitaire ou justifier d’une expérience équivalente dans le domaine des droits humains ou de l’humanitaire ;
  • Résider ou travailler en Afrique de l’Ouest (espace CEDEAO)
  • Démontrer à travers sa lettre de motivation un engagement à conduire à son retour une action en lien avec la thématique de la session ;
  • Comprendre et s’exprimer aisément en français et démontrer une capacité à assimiler les
    enseignements.

Le processus de sélection comprend un examen des dossiers individuels des candidats par un
comité de sélection mis en place à cet effet. Le Comité pourra dans une seconde étape recourir s’il
y a lieu à un entretien par tout moyen utile (téléphone ou par le biais des réseaux sociaux) afin de
s’assurer des aptitudes du candidat à assimiler les enseignements, son engagement et sa
détermination à participer à la formation et à mener des actions à son retour.

Déroulement de la formation

La formation se fera en deux (2) phases à savoir :

1. Une pré-session en ligne qui consistera en des échanges, avec les candidats sélectionnés, sur les systèmes (universel et africain) de protection des droits humains et en une introduction la sécurité et les droits humains. Elle sera animée par des experts, via internet, qui auront pour rôle de stimuler la participation des candidats admis aux échanges, de faire des commentaires et de mettre à leur disposition les documents qui leur permettront de mieux comprendre les différentes notions abordées.

2. Une session présentielle qui réunira tous les participant(e)s à Ouagadougou pendant une semaine. Elle sera consacrée à des modules pratiques et interactifs sur la mise en oeuvre des mécanismes africains et universels de protection des droits humains ; la traite des personnes, les formes contemporaines d’esclavage et de servitude ainsi que les stratégies pour y faire face. D’autres modules aussi importants que les premiers porteront sur l’élaboration de projet et la recherche de fonds pour une organisation militante.

Chaque participant(e) travaillera sur un projet individuel qu’il souhaite mettre en oeuvre de retour dans son pays.

Soumettre une candidature

Vous pouvez soumettre votre candidature :