Rencontre Régionale 2017

Par Cristina Villaro-Dixon, participante à la Rencontre Régionale 2017, bénévole Codap, étudiante en Relations internationales à l’UNIGE

La Rencontre Régionale 2017 du CODAP fut un week-end que je qualifierais de réussite. Pas moins d’une dizaine de participants, et des intervenants, vinrent pour prendre part aux séances de présentation des divers outils en matière de droits de l’Homme. Chaque aspect de la journée fut organisée soit d’une manière divertissante (présentation par le jeu de la pelote de laine, pause dansante, …) soit par plusieurs interventions toutes plus intéressantes les unes que les autres.

Nous eûmes l’honneur de recevoir deux militantes d’Amnesty International, qui se consacrèrent à nous introduire à la Convention Européenne des Droits de l’Homme et à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Premièrement, une petite simulation nous démontra le retard relatif de certains pays en matière de droits de l’Homme, notamment de la Suisse qui n’obtint l’autorisation du vote de la femme au niveau fédéral qu’en 1971, ou de la Russie où la liberté de presse est extrêmement restreinte.

Ensuite, chiffres à l’appui, elles nous informèrent sur la migration des personnes venant du Moyen-Orient et cherchant à se rendre en Europe, notamment pour cause d’attaques terroristes créant des peurs permanentes et des incertitudes quotidiennes ou de répression par les gouvernements, pour ne citer que quelques exemples. Cette excursion extrêmement périlleuse et sujette à d’abondants obstacles ne parvient, dans de très nombreux cas, même pas à la destination fixée, soit car le migrant atterri en fin de compte dans un autre pays – dans lequel la situation peut ne pas être bien meilleure que celle de son pays d’origine – soit pour cause de mort. Lors de ces migrations, il est fréquent que les droits fondamentaux de ces personnes soient violées (recours excessif à la force et mauvais traitement, torture, mauvaises conditions de détention, discrimination contre les demandeurs d’asile, etc.), ce qui s’ajoute aux fléaux auxquels ils ont déjà à faire face (dureté du voyage, fatigue, soif, faim, insuffisances financières, problématique des passeurs, détention provisoire, contrôle aux frontières, etc.). D’autant plus que, souvent, leur situation à l’arrivée dans le pays d’accueil est la plupart des temps loin d’être idyllique (difficultés d’intégration, lourdeurs administratives pour l’obtention de permis de séjour, barrage linguistique et culturel).

Face à ces enjeux, il est donc nécessaire de trouver des solutions, auxquelles nous avons pu réfléchir à travers une activité qui consistait à se mettre dans la peau d’un migrant et d’aller de pays en pays en tentant de parvenir à la destination finale, guidés par les informations données qui traduisaient les situations concrètes. La quasi totalité des participants n’y sont pas arrivés. C’est sur cette prise de conscience que s’ensuivit une présentation sur la désinformation politique en ce qui concerne les chiffres de migration. Il est en effet usuel d’apercevoir certains médias et partis politiques parler d’immigration « de masse » et de « vague » migratoire alors qu’en réalité l’Europe n’accueille qu’un pourcentage minime de migrants par rapports aux pays limitrophes.

Deux ateliers furent organisés pendant l’après-midi. Tout d’abord un café-débat avec la présence de  représentant des associations Camarada, Maisons Okapi, La Roseraie et le Centre Social Protestant, ayant toutes pour but de venir en aide aux réfugiés à travers différentes domaines (juridiques, sociales, linguistiques, …). Les engagements pris par ces associations traduisent bien l’aide nécessaire sous toutes formes qui doit être apportée aux réfugiés dans le besoin. Nous pûmes ensuite réfléchir en groupe à des questions en rapport sur les réfugiés, tels que les enjeux tant au niveau personnel que politique et les actions à mettre en place dans l’idéal pour contrer aux problèmes causés par la migration.

Pour clôturer ce premier jour riche et instructif, un ciné-débat documentaire fut diffusé, filmé et monté par Rémi Willemin, un bénévole au Codap, portant sur les mineurs non-accompagnés du Burkina Faso. Des témoignages des habitants, et notamment de leur familles, nous retracèrent les dures expériences des jeunes ayant tentés de partir en prenant le chemin de la Mer Méditerranée, certains ayant perdus des membres proches. D’autres citoyens, dont un jeune burkinabé nous rapportèrent le manque d’infrastructures et de suivi dans le domaine de l’éducation.

Après ce premier jour où l’on a pu acquérir une meilleure compréhension des notions et enjeux de l’immigration, le premier atelier du deuxième jour se consacra à la mise en place d’une problématique. Power-point et livret d’explications à l’appui, plusieurs points furent abordés. Premièrement, il est nécessaire de poser correctement sa problématique en constatant la situation concrète et conflictuelle avec nos valeurs. Pendant cet exercice il est important de percevoir la situation dans son ensemble en discernant les questions clés renvoyant au contexte en question (Qui, Quand, Où, Quoi, Pourquoi, Comment et quelles ressources sont disponibles).

Un outil de stratégie d’action fut présenté : la carte tactique. Celle-ci est très utile car elle permet d’une part d’identifier la totalité des acteurs en présences (alliés, adversaires, ONG, cibles de notre action), et d’autre part de répondre ainsi à la nécessité d’avoir une vue d’ensemble, allant donc au-delà de la relation de base conflictuelle. Une fois cet exercice effectué, et tous les acteurs présents dans la carte tactique, il faut maintenant définir les types de relations existantes entre ces derniers (notamment les pouvoirs d’influence, les rapports de bénéfice mutuel, de subordination ou de conflit). La qualification du type de relation nous permettra de déterminer la manière la plus efficace d’agir sur l’autre.

Furent ensuite expliquées différentes méthodes d’action à mettre en place, plus ou moins pertinentes selon notre situation : action politique, juridique, sociale, locale, informative, etc.

Il convient à présent de poser les objectifs, allant du plus général au plus spécifique en découpant l’objectif principal en petites tâches toutes nécessaires pour atteindre celui-ci. Il est évident qu’il ne faut jamais perdre de vue les disponibilités qui sont en notre faculté, qui permettent de cadrer et de poser les limites à notre action. La méthode SMART (qui est, comme l’indique son nom, une méthode intelligente) consiste à spécifier son objectif de manière Spécifique, Mesurable, Atteignable, Relevant (pertinente) et Temporelle.

Les dernières étapes consisteront à mettre en œuvre notre plan d’action, en procédant tout d’abord à l’organisation de celui-ci (planification, prévoyance en cas de potentiels obstacles, préparation du matériel, etc) puis à sa réalisation ! En dernier lieu, il sera adéquat de faire un bilan a posteriori en identifiant les résultats et en évaluant la finalité en comparaison avec les objectifs préalablement fixés.

Dans le même cadre, une activité consista à marquer des mots-clés définissant notre environnement, c’est-à-dire tout ce qui entre dans notre routine. Cela permis de se rendre compte que nous sommes la plupart du temps entourés des mêmes idées, nous flottons dans un environnement fermé dans lequel nous nous sommes accommodés et où il est difficile que notre point de vue change et que notre esprit s’ouvre et accepte différentes opinions. Le fait de ne saisir et observer que ce que nous voulons voir et penser et de s’enfermer dans ses représentations pose un véritable problème, voire un danger. C’est aussi pour cette raison que les acteurs devant promouvoir leurs intérêts doivent adopter des moyens efficaces afin de parvenir dans la sphère d’un maximum d’individus.

Des méthodes nous furent donc données sur la manière de s’adresser et de cibler efficacement les publics. Après avoir déterminé notre objectif, il faut se demander quel est le public le plus apte à être la cible adéquate pour mettre en œuvre des outils convenables. Pour ce faire, il faut dès lors très bien connaître le public en question (ses préférences, ses penchants, etc.) et développer ainsi des méthodes d’action qui le toucheraient personnellement.

Un très bon exemple fut citer : celui de la campagne « fumer tue ». S’il s’agit de sensibiliser le groupe des 15-20 ans, il serait plus efficace d’utiliser le slogan « fumer pue ». En effet, les jeunes seront plus enclins à remettre cette activité en question s’ils se rendent compte qu’elle est socialement désavantageuse.

Un autre exemple fut donné concernant les seize différents types de Coca-Cola existants, de sorte à correspondre avec un maximum de personnalités (par exemple le « Light » pour ceux souhaitant manger moins de sucre, le « Plus vitamines » pour ceux enclins à l’acheter car pratiquent un sport, le « Classique » pour ceux qui aiment le traditionnel, etc.).

Durant l’après-midi, après un pic-nic convivial, Iria, accompagnée de deux personnes migrantes, l’un venant d’Afghanistan et l’autre du Sri Lanka, vint nous parler de son spectacle, la pièce Babel 2.0, qu’elle a monté et qui est jouée par des requérants d’asile, des réfugiés et des genevois.

Elle raconta qu’elle avait été très touchée le jour où elle découvrit qu’un groupe de garçons qu’elle croisait tous les jours au même endroit, à Genève, était en fait logé dans un bunker. En observant le fait qu’ils ne semblaient pas vraiment s’occuper, elle voulut développer une activité pour eux et ainsi, étant comédienne, elle organisa des cours de théâtre pour ces jeunes-là. Il s’agissait en premier lieu d’un moyen de divertissement puis, peu à peu, étant donné la si bonne entente qui en découla, l’idée fut de mettre en place un spectacle contant les complications qu’endurent les migrant une fois arrivés au pays d’accueil, et également certains passages de la migration. Ce fut une méthode d’action de manière à sensibiliser la population et à faire changer cette situation. Il est très intéressant de noter la multiculturalité du groupe de théâtre, chaque personne venant de pays presque tous différents les uns des autres.

Iria nous montra certains passages du spectacle en vidéo, tous plus émouvants les uns que les autres.

L’ouverture commença avec une longue marche qui représente le parcours de migration depuis le pays d’origine jusqu’au pays d’accueil. Une mer inquiétante fut mise en scène de manière très réaliste, montrant l’étape la plus dangereuse, où nombreux sont ceux qui y perdent la vie. D’autres passages du spectacle montrèrent la difficulté de vivre dans des logements inappropriés une fois arrivés au pays d’accueil, notamment les bunkers. D’une part, la nuit dans les dortoirs peut s’avérer très inhospitaliers et inconfortables, les matelas étant très serrés les uns aux autres, bactéries se propageant, ronflements empêchant le sommeil, intimité non vraiment présente, etc. De même, les douches sont ouvertes et très étroites (parfois 2 douches pour 75 personnes). Les repas, quant à eux, se résument à « riz-couscous » et de plus certaines heures sont prévues de sorte qu’en notre absence durant cette fourchette, nous loupons le repas et ne pouvons pas manger. Il est également interdit d’emmener dans le bunker des aliments achetés soi-même. Une scène fut particulièrement touchante, celle de l’armée militaire au Sri Lanka, dont les rangs se défont et où chaque soldat se libère pour finir en danse bollywoodienne. Enfin, des poèmes en langue étrangère furent contés durant la pièce, écrits par les immigrants notamment pour leurs familles, et obligeant le public à se mettre dans la peau de ceux-ci lorsqu’ils arrivent dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue.

Iria précisa l’importance de traiter ces sujet avec le rire, tout en faisant comprendre la gravité de telles situations et la nécessité d’agir. Nous eûmes également l’opportunité de poser quelques questions aux deux migrants pour préciser notamment le mode de vie dans ces bunkers.

Enfin, pour clôturer remarquablement cette Rencontre Régionale, Aymane Aouidi présenta l’Association marocaine des droits humains (AMDH), dont le but est la défense des droits humains et des libertés collectives et individuelles au Maroc afin de réaliser une société juste et libre. L’association agit notamment sur certaines dispositions de la Constitution marocaine afin d’interdire l’arbitraire lors des arrestations policières, d’attribuer le droit à un procès équitable, à l’accès aux soins médicaux et aux conditions d’hygiène décente pour les prisonniers, à la liberté d’expression et à la libre organisation de réunions.