Le Codap en soutien à la semaine d’action pour le climat sur la place du Palais Fédéral

Le Codap, en soutien à la semaine d’action du 21.09.20 sur la place du Palais Fédéral, relaie ces deux articles écrits par les collectifs Bloc éco-féministe et Grève du Climat. Par la même occasion, nous souhaitons rappeler notre engagement dans la lutte pour l’avancement des droits sociaux et environnementaux. Ainsi, nous dénonçons les décisions parlementaires lorsque celles-ci vont à l’encontre des obligations constitutionnelles, restreignant et compromettant la promotion et la défense des droits humains en Suisse et à l’étranger.  Également, nous soutenons la désobéissance civile non-violente en tant que méthode d’action pour s’opposer aux lois injustes du gouvernement et garantir la respiration de notre système démocratique. Voici donc les extraits d’un discours féministe en faveur d’une alimentation locale, écologique et paysanne ainsi que le glaçant récit de la répression policière qui s’est abattue sur la manifestation des migrant·e·s à Berne.

 


L’écologie et la lutte féministe

L’éco-féminisme est une convergence des luttes pour le climat et des luttes féministes. Elle interroge le lien entre la destruction de la nature et l’oppression des femmes, deux formes de domination qui découlent des mêmes mécanismes. Lorsqu’on parle de souveraineté alimentaire et de propositions alternatives au modèle agricole dominant, ce trait d’union mérite d’être souligné pour apporter et intégrer une perspective féministe à la question.

Comme l’exprime Yayo Herrero, une anthropologue, ingénieure, professeure et activiste écoféministe espagnole: “la surexploitation de la nature et la soumission des femmes ont une même origine: une économie cannibale qui fonctionne en dévorant les corps et les territoires et qui se base sur une conception de la nature comme machine et la science comme instrument de pouvoir.”

Nous dénonçons l’impact destructeur du modèle agro-industriel intensif sur l’environnement, sur l’agrobiodiversité, sur les femmes, et les femmes paysannes. Nous attirons l’attention sur le rôle clé joué par ces dernières, tant dans les pays du Nord que du Sud, dans la production et la distribution d’aliments.

Les femmes jouent un rôle indispensable dans les activités agricoles et non agricoles, en particulier dans les zones rurales, qui contribuent au bien-être économique et à la sécurité alimentaire de leurs ménages. Environ 43% de la main-d’œuvre agricole mondiale est composée de femmes et ce chiffre s’élève jusqu’à 80 % en Afrique. La productivité agricole des femmes a des implications directes sur les revenus ainsi que sur la sécurité alimentaire de leurs ménages. On observe aussi que l’augmentation des revenus des femmes est associée à une plus grande consommation alimentaire et à une amélioration de l’état nutritionnel des membres du ménage. Et pourtant, les femmes sont souvent confrontées à de plus grands défis pour accéder aux facteurs d’intrants à savoir la terre, la main-d’œuvre et les services financiers.

Traditionnellement les femmes s’occupent de la majorité des pratiques qui apportent soin, alimentation, hygiène, attention à autrui et sans lesquelles il n’y aurait pas de vie humaine collective possible. Le système capitaliste, néo-libéral et patriarcal exige que ces tâches productives et reproductives qui leurs sont assignées soient invisibilisées et dévalorisées.

Nous féministes :

Nous voulons, revaloriser toutes les tâches qui contribuent à protéger et préserver la vie, – nous exigeons que la sécurité alimentaire soit garantie.

Nous réclamons la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, saine et nutritive.

Nous voulons que l’accès à l’eau, à la terre et aux semences soient assuré, – et nous aspirons à un environnement sain, sécurisant et épanouissant pour toutes et tous.

Ni les femmes, ni la terre ne sont des territoires de conquête.

Nous féministes, nous soutenons la souveraineté alimentaire, l’agriculture écologique et paysanne.


Nous devons parler de nos privilèges.

Lors de la semaine Debout pour le Changement à Berne, deux manifestations politiques ont eu lieu en parallèle le mardi : notre camp climatique sur la Place fédérale et la manifestation “Stop Isolation” du réseau de solidarité aux migrant·e·x·s (https://migrant-solidarity-network.ch/fr/).

Le statut des deux actions (illégales) était le même au regard de la loi, mais la réaction de la police fut très différente…

Alors que notre camp climatique avait déjà été toléré pendant un jour et une nuit sur la Bundesplatz à ce moment-là, les forces de police, lourdement armées, sont assez rapidement intervenues contre les manifestant·e·x·s de Stop Isolation avec des canons à eau, du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc.

La différence entre ces deux manifestations ?  Le camp climat était composé en majorité de personnes blanches issues de la classe moyenne, profitait de beaucoup de couverture médiatique, alors que la majorité des participant·e·x·s de la manifestations Stop Isolation étaient des réfugié·e·x·s.

La manifestation est ainsi devenue un exemple de ce contre quoi les manifestant·e·x·s protestaient : la discrimination raciste des réfugié·e·x·s par la police et les autorités.

Même si nous nous sentons parfois impuissant·e·x·s lorsque des militant·e·x·s subissent une injustice, nous ne devons pas oublier que nous sommes encore généralement privilégié·e·x·s par rapport à ces personnes qui, souvent, ne peuvent même pas espérer un traitement équitable.

Un avenir de justice climatique est un avenir de solidarité ! Un système qui détruit la solidarité doit être combattu avec d’autant plus de solidarité ! Nous serons toujours aux côtés de celleux qui se battent pour une une société durable et des conditions de vie dignes et respectueuses !

#JusticeClimatique