Violences faites aux femmes et aux filles à Abidjan : quand le silence demeure la norme

Le 11 juin dernier, l’Organisation des Citoyennes pour la Promotion et Défense des Droits des Enfants, Femmes et Minorités (CPDEFM) a publié les résultats de leur enquête sur les violences faites aux femmes et aux filles en corrélation avec la Covid-19. Les résultats sont extrêmement préoccupants.

Parmi les 5’556 personnes interrogées dans le District d’Abidjan, plus de 2’000 cas de violences ont été observés. L’enquête révèle que le viol apparaît comme la violence la plus courante après les mariages forcés. Ces derniers ont notamment connu un pic durant la période de confinement, avec un nombre d’environ 430 cas signalés.

Dans un entretien délivré au journal français Le Monde, Sylvia Apata, militante féministe fondatrice de CPDEFM et alumni des formations au Codap, partage sa surprise quant aux résultats de l’enquête, particulièrement sur le nombre de témoignages de féminicides, 416 cas leur ont été rapportés sur les deux dernières années, et le nombre de cas d’excision, pour lesquels l’enquête compte 828 déclarations. Autre élément qu’elle relève et qui la préoccupe : la perception de la victime d’un viol dans la conscience populaire.

« la victime d’un viol est encore largement, dans la conscience populaire, responsable de ce qui lui est arrivé. La plupart des hommes que nous avons interrogés justifient les viols par des attitudes ou des vêtements qu’ils jugent provocants. Subsiste l’idée que la femme l’a cherché. Les victimes sont d’ailleurs souvent culpabilisées et reçues avec beaucoup de légèreté dans les commissariats quand elles souhaitent porter plainte. La police conditionne encore régulièrement l’enregistrement de la plainte à la délivrance d’un certificat médical, même si un arrêté ministériel stipule que les officiers de police judiciaire n’ont pas à l’exiger. Nous préconisons que ce certificat médical, facturé 50 000 francs CFA [76 euros], soit rendu gratuit pour les victimes en situation de précarité. »

Le rapport de cette enquête se conclut avec des recommandations concrètes à l’endroit du Gouvernement Ivoirien, des Organisations Non Gouvernementales et des Organisations Internationales afin d’éradiquer les mariages forcés, les viols, l’excision, la pédocriminalité et les féminicides. On notera notamment la demande de création d’un lieu d’écoute et d’hébergement pour les femmes victimes de violences, ainsi que la reconnaissance du viol conjugal dans le Code pénal.

Le rapport de l’enquête complète est désormais disponible sur le site internet du Codap au lien suivant.

L’équipe de CPDEFM ayant contribué à l’investigation